Vous pouvez bien ôter tous les parfums des roses, Assécher au ruisseau le lit où il repose , Voler un concerto aux doigts d’un virtuose, Mais vous ne pourrez rien contre l'amour.
Vous avez sut raser le sommet des montagnes, Construire des cités jusqu’ au cœur des campagnes, Unir un continent à une île océane, Mais vous ne pourrez rien contre l'amour . Vous avez déchiré l'aile du passereau, Inondé un désert en détournant le flot, De neige dénudé le Kilimandjaro, Mais vous ne pourrez rien contre l'amour.
Du ventre de la mer vous faites une poubelle, Vous tuez l’éléphant , immolez la gazelle, Empoisonner l'azur d'odeurs pestilentielles Mais vous ne pourrez rien contre l'amour. Vous pouvez susurrer que belle est cette terre, Que la guerre et la faim ne sont que des chimères, Nous dire que les millions font conscience se taire , Mais vous ne pourrez rien contre l'amour.
Je ne veux rien savoir Rien écouter et rien entendre J'élude le blanc et le noir Et j'ignore le vert le plus tendre Je ne veux ce soir rien comprendre Mais te voir te boire et te prendre
Je te prendrai comme un bateau prend la mer Je briserai les vagues Je te prendrai comme un oiseau fend l'air Je te prendrai comme on plante une dague Je te prendrai Comme un clochard arrache la monnaie au fond de sa sébile Et comme mille avions bombardant une ville Je te prendrai comme on puise à la source Et comme le voleur dans le sang prend la bourse
Je te prendrai Comme le jour qui balbutie entrouvre à demi la paupiére Comme un moine dans sa priére Comme un voyou lançant sa pierre Je te prendrai commc on pend la sorcière Je te prendrai comme on peindrait sa mére
Je te prendrai dans le coeur de ma main Comme un enfant comptant ses billes Ou peut-être au creux d'un chemin Comme un garçon et unc fille Dans les senteurs du romarin
Nous sommes les derniers de notre caste Il ne nous reste plus très longtemps à vivre nous sommes les petits marchands de bonheur les artisans de mots cordiaux Bientôt viendront nous relever les foules au sang trop mou les mécaniciens de la gloire du fer et les industriels de l'amour dont la vie est remplie de principes et de machines
Qui ne disposent que de 7 minutes pour caresser la fiancée et de trois secondes pour la poésie Avec des nerfs d'acier pareil à des rails Ce n'est pas une insulte mais une flatterie De midi à midi et demi ils iront manger et prier
Ainsi donc, filles, femmes, amourachez-vous des porteurs de miracles Nous sommes les dernières lézardes que le progrès n'a pas encore envahies Aimez-nous tant qu'il reste du temps encore Nous, les petits marchands de bonheur les artisans de mots cordiaux.
Chercher la rime, La bonne , la vraie, Celle qui anime Fables et sonnets; Viser la cîme D'un beau couplet, Comment s'escriment Toutes vos pensées Mettez en prime De la gaieté, Ou d'la déprime, Sans lésiner;
C'est pas un crime Si vous trichez, Un mot en "ine" N'est pas mauvais; Si dans l'abîme Vous basculez, D'un vers sublime Il est comblé;
La fin s'arrime A vos crochets, D'une belle maxime Vous emporter Et...
Vous faire rêver.
_________________
"Je ne suis pas un numéro, je suis un femme libre!"
Si le coeur t'en dit Ecrit un mot, une vision Pour que maintenant les paroles se taisent Pour que règne enfin Sur terre comme au ciel Le silence absolu Sans le bruissement lent Du maître du temps En estompant le battement de coeurs que tes mots font brasiers.
Souffle de tes entrailles torturées Et éteint ce lancinant échos qui se répercute sur mon âme et aboutit sur le vent En un hurlement qui déchiquète la parcelle de raison qui me reste à ronger.
Ecrit pour que mon vrai moi persiste, continue d'exister indépendamment de l'agonie frétillante de mon cerveau
Ecrit pendant qu'il en est encore temps. Avant que ma folie ne se répande en ta personne comme une lampée de doux nectar vital fluide Engluant tes idées, tes facultées Et le sentiment que tu portes à mon égard. Faibles soient-ils, alimentes-les des plus éblouissantes images que tu possèdes.
la liquéfaction de ma matière grise m'oblige à terminer hâtivement mes palabres Mais ne t'en fait pas pour autant je reviendrai par n'importe quelle porte, Me frayant un passage parmis la démence de ce monde, Par les voies psychiques ou physiques.
je reviendrai grandie,en force suprême Pour hanter ceux qui n'auront rien fait pour conserver la maléficience et le génie horripilant de ma chair.
Alors sors ta plume mon ami, mon gardien Et écris, écris que tu regrettes et reposes en paix.
Tu auras l'éternité pour te repentir. Penses qu'il n'y a qu'une mince membrane entre le génie et la folie.
Je te quittes, pêcheur Mon cerveau se désèche, se désagrège Adieu, ma RAISON
Jetez-vous sur l'avenir Au vol, comme l'indien sur les reins du cheval sauvage Et n'en cherchez pas davantage Prenez votre monture au col foncez
Avalez le temps avant qu'il ne vous avale Frappez des deux talons les flancs de la cavale Yeux fermés
Cheveux au vent Lèvres entrouvertes Courez courez à votre perte Allez au-devant du temps Faites voler en éclats horizon et raisonnements Tout ce qui est inerte ment Prenez les devants
Bousculez Dieu comme une idée reçue Ruez-vous sur l'avenir avant que les vers ne vous mangent Pressez votre coeur comme on presse une éponge Faites-lui rendre tous les prénoms Tous les instantanés d'amour Tous les rêves inassouvis Qu'il a stockés
Dans ses greniers Sur cette plage Cette photographie Cette barque Ton sourire Le premier de nos enfants Le second Sable mer vent Qui parle ? Taisez-vous Laissez-moi seul Avec ces bruits de pas dans le cimetière Il est tard Dire qu'il sera toujours trop tard La grande nuit morte monte et persiste Jetez-vous sur l'avenir Ou par la fenêtre Allez
ne vous retournez pas Laissez les autres suivre votre enterrement mais ne soyez pas du cortège Opposez n'importe quoi à l'inertie ne fût-ce qu'une plume ou un flocon de neige Et que celui qui possède encore des yeux Les ferme
Avant que le flocon ne fonde sous ses regards impuissants
D'un fruit qu'on laisse pourrir à terre, il peut encore sortir un nouvel arbre. De cet arbre, des fruits nouveaux par centaines.Mais si le poème est un fruit, le poète n'est pas un arbre. Il vous demande de prendre ses paroles et de les manger sur-le-champ. Car il ne peut, à lui tout seul, produire son fruit. Il faut être deux pour faire un poème. Celui qui parle est le père, celui qui écoute est la mère, le poème est leur enfant. Le poème qui n'est pas écouté est une semence perdue. Ou encore : celui qui parle est la mère, le poème est l'oeuf et celui qui écoute est fécondateur de l'oeuf. Le poème qui n'est pas écouté devient un oeuf pourri. C'est à cela que songeait, dans sa prison, un poète condamné à mort. C'était dans un petit pays qui venait d'être envahi par les armées d'un conquérant. On avait arrêté le poète parce que, dans une chanson qu'il chantait sur les routes, il avait comparé la tristesse qui rongeait jusqu'à l'os la chair de son corps aux fumées meurtrières qui avaient brûlé jusqu'au roc la terre de son village.
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. J'irai par la forêt, j'irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.